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à suivre, donc…

Le troisième tome de Fritz Haber de David Vandermeulen vient de paraître. On avait pu découvrir la richesse de cette oeuvre en février dernier à l’Historial de Péronne dans le cadre de l’expo consacrée à la guerre chimique. Entretien avec son auteur autour de l’année charnière 1915.

FRITZ HABER, t.3: Un vautour c’est déjà presque un aigle, de David Vandermeulen, ed.Delcourt, 155 pages, 16 euros.

On a pu découvrir au printemps dernier, à l’Historial de Péronne, l’ampleur du travail de David Vandermeulen consacré au chimiste allemand Fritz Haber, l’inventeur du gaz moutarde et du Zyklon B, précursseur de la guerre chimique, juif allemand, nationaliste investi dans l’effort de guerre pour le Kaiser en 14-18, mais aussi grand ami d’Albert Einstein et du fondateur du sionisme.

C’est donc avec d’autant plus de passion que l’on se plonge dans la suite de cette biographique graphique étonnante à plus d’un titre. Ce troisième album (sur six a priori, voir plus bas) nous amène au coeur du sujet, en 1915. Année ou Haber va voir son invention, le gaz moutarde ou « ypérite » acquérir une notoriété historique, en devenant la première arme chimique industrielle de guerre. Une innovation dont la première victime a failli être son créateur,  comme le montre David Vandermeulen et dont les premiers morts furent allemands. Funeste ironie du sort qui n’empêcha le développement des gaz de combat dans tous les camps des belligérants…

Au-delà de l’aspect militaire, Vandermeulen poursuit la dissection de cet « esprit du temps allemand » et confronte ses principaux personnages, comme les grandes figures juives qu’étaient Walter Rathenau, Albert Einstein ou encore Haïm Weizmann, tous amis de Fritz Haber aux démons du nationalisme et de l’antisémitisme.

Pour aller plus au fond du sujet, entretien avec un auteur pleinement investi dans son oeuvre.

« Ce que je cherche avec Fritz Haber, c’est m’adresser à un public qui pense ne pas aimer la bande dessinée »

photo prise en février 2010 à l'Historial de Péronne, dans la Somme (copyright : Daniel Muraz)

David Vandermeulen, en février dernier à Péronne, lors de l'inauguration de l'expo qui était consacrée à son oeuvre.

David Vandermeulen, vous en êtes aujourd’hui au troisième album de quelque 150 pages sur Fritz Haber – sans compter toute la documentation présente sur le blog que vous lui consacrez, ne ressentez-vous pas de lassitude de « vivre » avec ce personnage sur une aussi longue durée. Et qu’est-ce qui vous fascine chez un tel personnage ?

Curieusement, plus les années passent – cela fait maintenant près de dix ans que je m’intéresse à Haber – et plus mon engouement reste intact. Si mon sujet s’était concentré sur la seule figure de Haber, probablement que je m’en serai déjà très vite lassé. Mais c’est parce que j’élargis mon sujet pour tenter de comprendre comment toute une certaine part de l’élite juive-allemande a traversé les mêmes années lourdes, que ces 450 pages déjà publiées n’ont pas encore réussi à entamer mon désintérêt. Je n’aurais mis en récit que les faits marquants propres à la vie de Haber, mon travail serait je pense déjà terminé. Je me suis rendu compte que le fait d’aborder la Première Guerre mondiale – qui reste un conflit dont la problématique est éminemment nationaliste – par le regard quasi exclusif de la communauté juive, était une approche qui n’avait encore jamais vraiment été approfondie. Ce parti-pris tient presque du hasard et ce n’est pas un besoin d’originalité qui m’y a poussé, mais il m’est apparu très vite comme évident que m’étendre sur l’environnement de Haber allait être essentiel pour saisir la complexité du personnage. Haber se considérait avant tout comme un Prussien, et c’est ce qui étonne quand l’on s’attarde sur sa personnalité : malgré sa prise de position identitaire affirmée (il n’a cessé de camoufler sa judéité aux Allemands), il côtoyait beaucoup de « coreligionnaires » qui auront eux aussi laissé une trace historique importante. Haber ne me fascine donc pas tant que cela, car mes recherches m’ont fait comprendre qu’il n’était pas véritablement un « cas particulier ». Ce qui par exemple attise mon intérêt, c’est de découvrir à quel point, lorsque l’on était un Juif-Allemand de la génération de Haber, l’esprit du temps imposait aux sujets de ne jamais évacuer le questionnement identitaire. Ce type de pression sociale contraignait la plupart des juifs à se positionner, sur leur conviction religieuse, sur la question sioniste, sur l’engagement patriotique, etc. Tout cela entraînait chez beaucoup des contradictions intimes. Ce sont ces contradictions qui font le réel sujet de ma bande dessinée.

Cet album, contrairement aux deux précédents, couvre une période nettement moins longue, puisqu’il n’évoque qu’une seule année, 1915. Donc, après deux tomes très denses, vous pouvez, je trouve, plus poser le récit, qui en est d’autant plus captivant. Est-ce que ce rythme sera celui des prochains albums ?

En effet, le troisième tome est certainement le plus soigné dans l’enchaînement des scènes, il est donc un peu plus « haletant » que les précédents. Cela n’est pas dû à un talent particulier, mais uniquement parce que cette fois-ci j’ai évité de larges ellipses temporelles. Si les deux premiers tomes ont un rythme plus original, c’est parce qu’il m’a fallu à l’époque faire des choix et abandonner certaines scènes. Mais j’assume parfaitement cette question de rythme, cela donne à mon travail un soupçon de fragilité et d’imperfection, une chose que je cherche moi-même dans les œuvres des autres. Un récit haletant et « bien huilé », un scénario hollywoodien produit par une armada de scénaristes, tout cela ne me plaît pas. Ou disons plutôt que ce n’est pas ça que j’attends d’un récit. Cela m’aurait plu de traiter cette bande dessinée comme un Tezuka, qui raconte par exemple la vie du Bouddha en huit volumes de 400 pages… Mon récit sur Haber serait dans ces conditions beaucoup plus « rythmé » peut-être. Mais je vis malheureusement en Europe et ce type de chantier est économiquement impensable ; la frilosité éditoriale y est certainement pour quelque chose, mais celle-ci reste soumise à la réalité du marché francophone. Donnez-moi un studio et de l’argent, et je vous fais l’histoire de Haber en 10 000 pages. Je ne sais ce que les autres tomes donneront, je les écris au coup par coup.

1915 est, pour Fritz Haber, une année charnière. Vous évoquez, longuement, et de manière très claire, les premiers essais de la guerre chimique, avec l’attaque au gaz moutarde à Ypres. En revanche, vous êtes beaucoup plus eliptique sur le suicide de l’épouse de Fritz Haber. Est-ce pour montrer que pour lui, son activité professionnelle primait alors nettement sur sa vie personnelle ?

Oui, il y a de ça, c’est certain. Et puis cette scène du suicide de Clara me posait problème. Cela faisait dix ans que je la cogitais sans vraiment m’en dépêtrer. Cette scène m’embarrassait parce qu’elle était avant tout très chargée en émotions. J’essaie, autant qu’il m’est possible de traiter la vie de Haber sans pathos. Car Haber est un personnage ambigu, trouble, complexe. Mon approche biographique n’est certainement pas passionnelle, j’essaie de mettre le lecteur face à Haber, et afin qu’il puisse se faire une idée claire de Haber, je me dois de livrer au mieux un angle neutre. Ce n’est bien entendu pas possible, mais dès qu’il m’est permis d’évacuer de l’émotionnel, je n’hésite pas, je sabre. La figure de Clara Haber Immerwahr qui nous est restée est surtout le fruit d’une construction bâtie par les mouvements féministes du début des années 1970. Dès ces années-là, Clara Immerwahr fut présentée comme une sainte martyre, une femme brillante, dévalorisée par un mari autoritaire et odieux, qui se suicida avec l’arme de son mari pour prouver au monde à quel point celui-ci était devenu fou. Cela n’est certes pas faux, mais c’est également réducteur. Comme certains autres historiens, je ne pense pas que Haber soit la seule et unique explication de son suicide. Je ne rentrerai pas dans les détails ici car nous serions trop longs, mais je reste persuadé que la « canonisation » qui enferme Clara Immerwahr altère une vérité qui est bien moins simple. Voilà pourquoi j’ai préconisé l’épure. Lorsque je ne suis pas sûr d’être juste par rapport à mon Fritz Haber, je garde les faits.

Dans cet album, vous evoquez – et nous révélez, du moins pour moi – des détails étonnants sur les premiers tests de « guerre chimique ». Notamment le fait que Haber a failli être la première victime de son invention. Comme dans les précédents tomes, cela a dû vous demander énormément de recherches. Combien de temps passez-vous sur la documentation et comment avez vous procédé ?

L'auteur au coeur de son oeuvre. Ici, à l'expo de Péronne, dans le décor reconstitué du salon de Fritz Haber, sous le tableau que l'on retrouve dessiné dans le premier tome de "Fritz Haber".

Il existe peu de biographies de Fritz Haber. En français, il n’en existe pas vraiment, seuls quelques livres lui consacrent un chapitre. Je me suis basé essentiellement sur ces sources-là et sur des biographies américaines et allemandes. Les sources qui se concentrent sur Haber sont donc assez modestes, c’est une affaire d’une dizaine d’ouvrages. Mais si l’on y ajoute les livres qui m’ont servi à étudier les autres personnages, comme Rathenau, Einstein ou Weizmann, la chose devient plus conséquente. Ajoutez à cela les ouvrages consacrés à l’Allemagne, ou ceux qui me servent à mes choix de citations, les ouvrages qui me servent de sources se comptent par centaines. J’ai lu jusqu’à présent près de 400 ouvrages, ils sont annotés et surlignés, et chaque fois que je me replonge dans l’écriture d’un nouveau scénario, je les consulte.

… Il en est de même pour les citations placées en exergue de chaque chapitres, qui s’avèrent bien choisies pour donner le « ton » et refléter le climat du chapitre. Comment allez-vous les chercher ?

Eh bien très simplement, en lisant. Pour ce travail spécifique, je me refuse de glaner des citations dans des recueils ou des sites Internet, je préfère lire des ouvrages entiers, de littérature, de poésie, de philosophie… Mon travail par rapport aux citations est assez élaboré puisque chaque scène de ma bande dessinée est ouverte par un texte, et chacun de ces extraits peut être lu comme une pensée qui a été lue par l’un des protagonistes du récit. C’est pour cela que je fais très attention à ne proposer que des choses allemandes, anglo-saxonnes ou scandinaves. Je prête aussi une attention particulière à ce que chaque texte soit bien publié en Allemagne avant la date qui m’occupe. Même si Robert Musil, qui est par exemple un auteur que je vénère par-dessus tout, a écrit des choses particulièrement pertinentes, qui colleraient parfaitement à mon propos, jamais je ne m’autoriserai à les insérer, pour la simple raison que ses œuvres majeures furent publiées dans les années 1930. C’est un principe assez loufoque, j’en conviens, mais il m’aide surtout à donner l’illusion que je côtoie l’esprit du temps dans lequel je m’immisce. En ne me concentrant que sur des pensées de l’époque, j’évite tout anachronisme et je peux espérer rendre les mentalités d’une époque au plus juste. Mais ceci tient du jeu littéraire, bien entendu, mes choix sont personnels et servent uniquement la cause de mon travail et rien d’autre. Je pousse malgré tout la recherche assez loin en m’intéressant aux auteurs fétiches des Haber, Einstein et Rathenau. C’est ainsi que j’ai lu tout Goethe, Schiller, Heine, Carlyle, etc… C’est un travail énorme pour un tout petit supplément d’âme, ce type de défi a tendance à me séduire.

Le style graphique de cette série est étonnant, pour qui la découvre. Pourriez-vous reprécisez comment vous procédez pour restituer cette impression de « vieux film muet » en bande dessinée ?

Mes images sont des aquarelles sépia rehaussées à l’eau de Javel pour rendre des flous et des contrastes. Il y a également une aide photographique et pour certaines images un travail à l’ordinateur qui est assez élaboré. Curieusement, ce qui donne l’impression de vieux films muets, c’est très peu de chose. C’est essentiellement les insertions de vieux cartons cinéma qui servent de récitatifs. Car en réalité, pratiquement aucune case ne propose un cadrage propre à l’esthétique du cinéma muet.

Vous venez d’être récompensé par le prix de la bande dessinée historique au Festival de Blois et vous faites partie, avec ce tome 3, de la sélection officielle du festival d’Angoulême 2011. Cette reconnaissance vous touche-t-elle ?

Oui, bien entendu. Même si je ne cours pas après ce type de reconnaissance, je dois bien admettre que cela me fait très plaisir. Je suis très heureux d’avoir été récompensé par Blois, avant tout parce qu’il ne s’agit pas d’un prix octroyé par le milieu de la bande dessinée. Ce sont pour beaucoup des personnes qui gravitent autour de la science historique qui ont voté pour mon livre, ce ne sont pas uniquement ce que l’on appelle des bédéphiles. Cela me fait plaisir parce que cela correspond à ce que je cherche avec ma série Fritz Haber : trouver un public qui pense ne pas aimer la bande dessinée, ou qui ne se rend pas encore compte à quel point la bande dessinée est en train, depuis une petite vingtaine d’années, de s’ouvrir à des champs nouveaux, plus complexes, plus littéraires ou plus philosophiques. Mon travail est une BD qui délaisse le super-héros, le feuilletonnesque, le potache…

Dernière question, la série est-elle toujours prévue en 5 tomes ? Et pensez-vous encore nourrir en parallèle votre, déjà important, blog sur Fritz Haber ?

Il y aura probablement six tomes, mais je me laisse un espace de liberté sur cette question de pagination. Un tome me prend 18 mois, les écrire à l’avance me gâcherait un plaisir certain. Je connais bien entendu la trame et les faits que je vais prochainement mettre en scène, mais ce n’est qu’au dernier moment que je choisis de m’étendre ou non sur tel ou tel personnage. Quant au blog, je compte bien entendu l’actualiser au plus vite, mais, étant donné que je suis le seul à le gérer, le temps et mes autres activités m’empêchent de m’y consacrer comme je le souhaiterais.

Dernières « Bulles du lundi » de 2010, ce 6 décembre à Amiens. Avec comme invité Olivier TaDuc, heureux créateur de Chinaman puis de Napoléon et son pépé fantôme.

C’est presque avec une double rencontre que se clôturera l’année 2010 des Bulles du lundi, « Cercle littéraire » ou  « conversation illustrée » de l’association amienoise On a marché sur la bulle, ce lundi 6 décembre (toujours à 20h30, toujours au centre Léo-Lagrange, place Vogel à Amiens et pour une soirée toujours aussi gratuite d’accès).

Extrait de la couverture du tome 2 "A armes égales"

Avec Chinaman, il n'y a pas que les indiens qui savent tirer à l'arc dans l'ouest.

Double rencontre, car s’il n’y a qu’un dessinateur d’invité – Olivier TaDuc – on doit à ce dernier des univers très différents, et fort attachants, chacun dans leur genre.

Entre Blueberry et Kung-Fu

Avec Chinaman, créé en 1997 avec Serge Le Tendre au scénario, il a offert, au fil des neuf albums de la série, une des sagas les plus réussies de western en bandes dessinées. Et son héros atypique, ancien mercenaire chinois traversant l’Amérique des années 1870, a réussi à faire sa place dans le genre.  Avec un joli sens de la mise en scène et un dessin réaliste  – classique mais fin et précis – Olivier TaDuc s’inscrit dans l’univers de l’ouest sauvage (mêlé de références extrême-orientales), quelque part entre Blueberry et le personnage de la série télévisée Kung-Fu avec David Caradine.

 

Après une décennie à parcourir les contrées américaines, le dessinateur est désormais lancé dans une toute autre aventure, depuis trois ans, avec Nicolas Barral au scénario. Il dessine désormais les aventures, étonnantes aussi, du jeune Napoléon Tran, pourvu d’un « Pépé fantôme ».

Visuel libre de droits, ex-libris pour les 14es Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens Mon pépé est un fantôme © éd. Dargaud - Olivier TaDuc / Nicolas Barral

"Mon pépé est un fantôme", un revenant qui donne envie d'y revenir.

Une série  où son trait désormais rond et chaleureux permet d’aborder, sans avoir l’air d’y toucher, des questions parfois graves rencontrés par les enfants (divorce, maladie, mais aussi émois amoureux – comme dans l’album de la « saison 3 », le garçon qui ne voulait pas être une fille » – et, bien sûr, la mort et le deuil qui s’invite depuis le début avec la présence insistance, mais drôlatique, du défunt grand-père).

Avec sa grosse houpette noire, le jeune Napoléon est un petit cousin attachant du blondinet Titeuf, et la série, tendre et humoristique, se prête particulièrement à une lecture en familiale.

Bref, un auteur capable de générer et enrichir deux ambiances aussi distinctes et fortes aura forcément de quoi raconter à son auditoire.

2011 en piste

Quant à 2011, l’année s’annonce fort riche en rencontres. Sont ainsi annoncés au premier semestre (après une soirée spéciale  « meilleurs albums 2010 » le 10 janvier), un rendez-vous exceptionnel avec Cecil, au cirque d’Amiens et avec la découverte des coulisses du spectacle Epicycle, directement inspiré de l’univers de la bande dessinée Le réseau Bombyce de Cecil. Initiative dont on reparlera donc prochaînement.

Et pour la suite, les Bulles du lundi devraient recevoir du beau monde : Frank Margerin en mars, Etienne Davodeau en avril et Philippe Druillet en mai !

Après Carla mannequin, Carla chanteuse et Carla première dame de France, voici Carla super-héroïne de Comics. Pas forcément de quoi accroître son prestige !

La première dame de France... héroïne de comics américains !

Il faudrait y voir – paraît-il – une forme de reconnaissance internationale.
Après avoir fait partie du casting de l’album (moyen, moyen) Sarkozy et ses femmes du journaliste Renaud Dely et du dessinateur Aurel, Carla Bruni-Sarkozy  fait son entrée dans le monde des… comic-books US. La collection « Female Force » de l’éditeur US Bluewater, dédiée aux « biographies of amazing women », et dont des femmes politiques sont les héroïnes,  lui consacre en effet une biopic (après Michelle Obama, Sarah Palin , Lady Di ou Hillary Clinton).

Une « Force » qui Female…

La « plus célèbre première dame en France depuis Joséphine de Beauharnais », comme l’explique avec une sobriété rare le communiqué de presse ne sort pas franchement grandie de l’exercice. La bande dessinée est même franchement hideuse et, pour ce qu’on peut en voir (le blog Kamui Robotics s’est chargée de la corvée de façon assez pertinente), d’une assez confondante niaiserie. Ou d’une franche drôlerie si on imagine la tête que devrait faire notre première dame de France en voyant l’image qu’on a fait d’elle.

Il en coûtera aux fans américains 3,19 $ pour acquérir l’ouvrage sur le site de l’éditeur. Car, pour l’heure, nous en informe l’AFP, une sortie française n’est pas prévue… On peut se réjouir, parfois, du retard français sur les nouveautés américaines.

C’est encore dans deux mois, mais le prochain festival d’Angoulême commence à s’immiscer dans l’actualité.

L'affiche du festival 2011, signée Baru

La « sélection officielle » des meilleurs albums de l’année a ainsi été révélée tout récemment.

Plutôt relevée, en l’occurrence. Et c’est donc avec d’autant plus de plaisir qu’on y a trouvé plusieurs albums chroniqués – ou en tout cas appréciés – ces derniers mois.

Et, en premier lieu, De briques et de sang de nos Picards Régis Hautière et David François, qui obtient là une jolie reconnaissance.

Autres « nominés » « chouchous » de l’année :

Trois Christs de Denis Bajram et Valérie Mangin

Les derniers jours d’un immortel de Vehlmann et Gwen de Bonneval

Fritz Haber, t.3 de David Vandermeulen (dont on devrait reparler très prochainement).

Et, en sélection Jeunesse, le tome 5 de la jolie série Seuls de Gazzoti et du même Velhmann.

Rappelons que le Palmarès Officiel du Festival international de la bande dessinée sera décerné à Angoulême dimanche 30 janvier 2011, dernier jour de la 38e édition du Festival.
Il récompensera des albums publiés entre décembre 2009 et novembre 2010
en langue française, quels que soient leurs pays d’origine.
Ces dix prix d’Angoulême seront attribués par plusieurs jurys, et désignés
par ces jurys au sein de trois listes spécifiques d’ouvrages présélectionnés,
listes établies au fil de l’année 2010 par un Comité de sélection réuni
par le Festival, parmi un total de 86 livres.

Au vu de la production totale annuelle de bandes dessinées, faire partie des sélectionnés est, déjà, en soi, une récompense.

 

Nicolas Poupon dédicacera ses albums, notamment les six tomes d’Au fond du bocal, le 10 décembre à Amiens.

Difficile de ne pas craindre de tourner en rond avec une histoire de poissons rouges dans leur bocal. Nicolas Poupon y parvient pourtant depuis six albums. Né un peu par hasard, produit ensuite à un rythme dense pour BoDoï, les gags – parfois très noirs – s’enchaînent désormais au fil des pages, avec un succès grandissant auprès du public.

Pédagogue et aimant faire partager sa passion (on se souvient d’un « cours » avec des scolaires particulièrement charismatique voilà deux ans lors du festival de bandes dessinées d’Amiens), Nicolas Poupon révèle aussi d’autres talents, en dehors du bocal, comme dans son one-shot Faire semblant les jours d’orage, chronique sociale en demi-teinte et habile avec deux jeunes de banlieue.

Bref, une belle rencontre à faire, à quelques jours de Noël, ce 10 décembre à la librairie Bulles en Stock d’Amiens.

Si avec les Rendez-vous de la Bande dessinée d’Amiens, la Picardie compte un salon majeur du 9e art, d’autres villes de la région font rayonner le genre. De Saint-Quentin à Creil.

La cité du sud de l’Oise organise ainsi du 18 au 24 novembre  son 24e salon du livre et de la bande dessinée (sur le thème des « Mythes et légendes »).

Dans ce dernier registre, on note la présence annoncée d’une grosse vingtaine d’auteurs, parmi lesquels Thierry Ségur (des inoubliables Légendes des contrées oubliées), Tito (la série Tendre banlieue), Turf (et sa Nef des fous), le jeune et talentueux dessinateur du Banni Stacy Tarumbana ou… Uderzo. Non pas Albert, papa d’Astérix, mais son frère Marcel Uderzo (qui compte une trentaine d’albums à son actif) !

Les auteurs de la région seront aussi bien sûr présents, comme Alex-Imé (qui viendra aves ses Contes inuits en BD), Damien Cuvillier (pour sa récente Guerre secrète de l’Espace, déjà évoquée ici) ou le scénariste Régis Hautière (De Briques et de Sang). Et autre présence picarde lors de la manifestation, l’expo « Petite souris, grosse bêtise », réalisée par l’association On a marché sur la bulle autour de l’album du même nom de Dauvillier et Kokor sera visible jusqu’au 27 novembre.

C’est ce 12 novembre que paraît le 17e tome des aventures de Largo Winch, Mer noire. Une date saluée en « une » par Aujourd’hui en France. Autre date notable !

En dehors des souvent réjouissants mais sempiternels numéros au moment du Festival d’Angoulême ou des rares « monuments patrimoniaux » du genre comme Astérix ou Tintin, il est très rare que la presse quotidienne dédie sa « une » à la bande dessinée.
On peut donc d’autant plus saluer l’initiative d’Aujourd’hui en France de ce vendredi 12 novembre. qui consacre la moitié de sa première page à Largo Winch, « la BD qui décrypte la crise« , à l’occasion de la sortie du 17e épisode des aventures du businessman aventurier. Certes, le quotidien populaire parisien ne prend pas de risques avec « l’un des héros les plus populaires de France« , mais c’est là une certaine forme de légitimisation « grand public » des ex « petits mickeys ».

Plaisir supplémentaire, les deux pages sur le héros de Francq et Van Hamme sont de qualité et offrent une très bonne vulgarisation de la série. Celles-ci sont signées Eric Giacometti, qui cite Jean Van Hamme : « Nous racontons des histoires destinées au grand public, si possible intelligemment construites et graphiquement efficaces. Il y a une règle : ne pas prendre nos lecteurs pour des attardés mentaux et ne pas les emmerder  avec des circonvolutions pseudo-littéraires... » avant de conclure : « une définition applicable à toute culture populaire de qualité. » Une définition qui vaut aussi, en effet, pour le journaliste, lui-même co-créateur de la (très bonne) série de polars mettant en scène le « commissaire franc-maçon » Antoine Marcas.

Le Monde diplomatique publie un hors série de bande dessinée. Inégal, mais réjouissant quand même.

Périodiquement, les magazines généralistes (Marianne ou Le Magazine littéraire, ces derniers mois) sortent leur supplément « bande dessinée ». Beaux Arts magazine s’en est même fait une spécialité récurrente – et au résultat souvent de très bonne qualité, ainsi de leur récent numéro consacré  à « un siècle de bande dessinée américaine ».

Mais voir l’altermondialiste, engagé et – relativement – austère Monde diplomatique se mettre aussi à la formule « bédéssinée » surprend quand même un peu. En bien, forcément, pour qui considère que l’art séquentiel peut très bien tenir son rang en matière de reportages (Joe Sacco en est un bel exemple, ou la revue XXI, qui le démontre chaque trimestre), voire d’analyses politiques ou idéologiques critiques (citons seulement le copieux et emballant à sa manière Dol de Philippe Squarzini).

Bref, voici en tout cas une belle initiative, pour un joli objet d’une centaine de pages (au prix, certes, lui aussi assez élevé de 9,95 euros !), associant des dessinateurs confirmés et émergents, parfois associés à des signatures du mensuel – ainsi, Jochen Gerner illustrant (mais un peu confusément) un article de Frédéric Lordon plaidant pour la fermeture de la bourse ou Victor Gurrey mettant en scène l’emprise des duty free des aéroports avec Philippe Rekacewicz.

Au final, comme avec toute compilation, l’éclectisme du sommaire se traduit par des résultats inégaux.

Roman-photo avec l’Amienois François Ruffin

Personnellement, j’en retiendrai surtout le drôle d »éditorial » de « Monsieur Léopold Ferdinand-David Vandermeulen, éminent pédagogue né en 1925 à Saint-Pol-sur-Ternoise  » (alias le double littéraire que s’est créé le Belge David Vandermeulen, l’auteur notamment de Fritz Haber, dont on a pu découvrir l’expo au printemps à l’Historial de Péronne) – un texte qui par son ton très sérieux et très second degré déstabilisera sans doute quelques lecteurs fidèles du « Diplo ».

La stratégie de "désindustrialisation" de Bernard Arnault, en roman-photo par Jarry & Ruffin.

Autre documents forts, les émouvants témoignages de la jeune coréenne Juhyun Choi sur les soubresauts de l’histoire contemporaine de son pays et le rappel biographique de la vie étonnante de Marek Edelman par Maximilien Le Roy et David Warschawski. Ou encore l’onirique vision des mythes politico-religieux du Caucase – graphiquement superbe – des deux Italiens Elettra Stamboulis et Gianluca Costantini ou le décryptage, minimaliste mais très efficace, du discours de Nadine Morano par Morvandiau.

Et puis, « régionalisme » oblige (mais qualité du reportage surtout !), on saluera le roman-photo de Grégory Jarry sur la base d’un reportage réalisé avec l’Amienois François Ruffin (de Fakir et Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet) sur une fermeture d’usine du Nord de la France par Bernard Arnault.

Mais bon, on ne peut que souscrire à l’ambition énoncée dans le communiqué de presse : « Plutôt qu’une énième anthologie de fonds de tiroirs et de re-publications d’auteurs médiatiques, ce recueil est exclusivement composé de créations originales et ne cède ni sur l’engagement politique, ni sur l’exigence artistique. » Après, les goûts et les couleurs (politiques)… ça se discute, comme on dit.

L’onde de choc de la censure de l’expo des dessins érotiques à la bibliothèque départementale de la Somme continue.

L'oeuvre de Titi From Paris à la Briquetterie d'Amiens. © Titi From Paris

Après la Belgique, on en parle aussi aux Etats-Unis. Le site BSA (Brooklyn Street Art) consacre en effet un long post à l’affaire. Anglé sur l’oeuvre du plasticien Titi From Paris à la Briquetterie, l’article revient sur toute l’histoire avant de conclure que « The richest irony of course is that the show is drawing so many new eyeballs than it ever could have without the benefit of an additional 4 months of publicity« . On ne saurait mieux dire.

Et l’article est repris désormais sur le site du Huffington Post, l’un des grands sites d’informations en ligne (d’obédience « libérale », au sens anglo-saxon, donc plutôt à gauche) aux Etats-Unis, lui donnant une audience nettement moins confidentielle.

Prochain épisode, une adaptation à Hollywood ?

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